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[Association L'homme et sa prostate]



7 ans après, me voila à nouveau au bloc pour ma seconde prostatectomie sous cœlioscopie… mais cette fois je suis spectateur. Ouf …


Vestiaire… plein de petits hommes habillés en vert… coiffe, masque… on ne voit que les yeux et on sent déjà la sueur… dès 8 heures du matin. Me voici bientôt habillé comme eux, l’odeur en moins.


J’accompagne le chirurgien jusqu’au bloc opératoire... et découvre l’image saisissante d’un corps allongé les jambes en l’air, gainées de bas de contention, le pénis exempt de tout poil apparaissant jaune-plastique car badigeonné à la Bétadine, tout comme le ventre d’ailleurs. La tête pend en contrebas avec 2 tuyaux dans la bouche, du scotch sur les paupières, des électrodes un peu partout … je me dis que c’est un homme fait de chair qui ressemble à une poupée de mauvais plastique en train de se faire martyriser par un enfant sadique.


L’anesthésiste note scrupuleusement dans un cahier les données des appareils qui ronronnent… seuls signes montrant que le pantin allongé sur la table est bien un être vivant.

L’infirmière et l’assistant s’affairent à sortir de leurs cocons stériles les trocarts et les micro-instruments qui iront débarrasser cet organisme de ses tumeurs cancéreuses.

On me délimite un périmètre me permettant de voir l’écran sans gêner les opérateurs.

Le sang ne vous effraie pas… me demande-t-on… Non, pourquoi ?


C’est parti.

Le chirurgien est habillé, le malade est recouvert de protections stériles, seul l’abdomen bétadiné et tout jaune-sale apparait encore. C’est là que ça va se passer. Une sonde est introduite dans le canal de l’urètre.


Gonflement de l’abdomen au gaz carbonique (impressionnant) puis introduction de 4 trocarts, tubes au travers desquels vont être introduits les instruments : 1 tube pour la caméra et l’éclairage, 1 tube pour la pompe, 2 tubes pour les ciseaux, scalpels, cautériseurs, etc. Ces tubes de 10/15 mm de diamètres perforent la peau… plouf… enfoncés, et miracle, apparaît une image haute résolution sur l’écran de 25 pouces.

La caméra balaie alors de bons gros tuyaux de toutes les couleurs jusqu’à venir buter sur le cul de sac de Douglas.


Dans le champ apparaît alors une paire de ciseaux qui sans hésitation coupe cette paroi… un deuxième instrument se matérialise en dégageant de la fumée. Ce n’est rien me dit le chirurgien, on cautérise les micros vaisseaux… autrement dit avec un fer à souder… j’ai l’impression de sentir les chairs brûlées… mais non, c’est une idée…


Je dois dire que pendant les 45 minutes que durera cette prostatectomie sous cœlioscopie, tous les acteurs présents me fourniront les explications nécessaires à la compréhension du film.


Le premier acte est un curage ganglionnaire… pour analyse ultérieure et confirmation du diagnostic initial me dit le chirurgien.


L’anesthésiste fait une apparition (il officie sur 2 salles avec un aide), recharge le flacon de produit anesthésiant et redisparait… l’infirmière, qui intervient à la demande, est assise, perdue dans ses pensées… seuls les 2 duettistes à 4 mains (le chirurgien et son aide) s’activent côte/côte en échangeant leurs impressions :

- c’est bien la veine X là…

- ciseau n° 3…

- ah, voilà les bandelettes…

- quel plaisir de pratiquer un patient sans graisse…

- ça saigne au fond, là… aspirateur…

- on voit parfaitement les déférents…

- …


Les scènes se succèdent : détachement de la vessie (elle reprendra sa place me dit-on) qui n’apparaît plus que comme une vieille peau fripée abandonnée dans son coin… sectionnement du plexus de Santorini (un endroit ou le ‘’fer à souder’’ a du boulot)… séparation de la prostate côté vessie avec conservation de 1 à 2 cm d’urètre vésical (étonnement de ma part ; à chacun sa méthode me dit le chirurgien)… sectionnement des vésicules séminales et clip des canaux déférents… un gros tuyau blanchâtre apparaît à l’écran… les ramifications des bandelettes vers la prostate me dit-on… clac… sectionnées (c’est à cet instant précis que le propriétaire de ces organes a toute chance d’avoir perdu sa virilité, même sans toucher au réseau érecteur principal en direction du pénis)… séparation de la prostate et de l’urètre juste au dessus du sphincter urétral…

L’ensemble est mis dans un sac… tout ça commandé à distance à travers les trocarts avec une vue d’une incroyable netteté sur l’écran.

Des serviettes absorbantes sont introduites pour assécher la scène (et une fois imbibées on ne les distingue plus du reste car à ce stade tout est rougeâtre)… recherche minutieuse de fuites sanguines éventuelles… là, sous un tissu flasque, une mare de sang apparaît : une mare sur un écran qui grossit peut-être 15 ou 20 fois, en fait un microscopique vaisseau… fumée… le petit tuyau est bouché ! Ah, cette odeur… mais non, il n’y a pas d’odeur et je sais que le patient ne sens rien, mais ça me fait mal pour lui…


Le chirurgien incise la peau de bas-ventre afin de pratiquer une ouverture suffisante (3/4 cm de long) afin de sortir le sac contenant la prostate… et il tire, et la peau de l’abdomen arrive encore à s’allonger… plop… le sac est sorti !

L’infirmière vide le sac dans une coupelle, me tend un gant stérile et me demande si je veux toucher ce bout de viande… heu, non merci, je vois suffisamment avec mes yeux…

C’est vraiment peu de chose une prostate de 65 grammes qui ne bat plus… curieux que ce petit bout de viande puisse nous faire tant de mal après avoir contribué à nous donner tant de plaisir... L’examen de la prostate et des vésicules séminales permettra de dire s’il y avait franchissement capsulaire ou pas.


Dernier acte : la réalisation de l’anastomose, c'est-à-dire la réunion de l’urètre pénien avec le col de vessie … par 4 points de couture, tout simplement. Ce n’est qu’à ce moment que j’ai vu le chirurgien hésiter sur la troisième dimension… car l’écran restitue l’image en 2 D contrairement à la pratique sous robotique qui bénéficie d’une image en 3 D.

Et là, à mon grand étonnement, essai d’étanchéité de cette couture par remplissage de la vessie … pas une fuite, pas une goutte ! Je pensais qu’il fallait du temps pour permettre aux chairs de cicatriser, de se souder, mais non.


« A vous de refermer… » vient de dire le chirurgien à son aide de camp.

Et nous voilà sans autre formalité de retour au vestiaire, sans un regard, sans un mot (sic) à cet homme qui pourtant aura eu la bonté de se laisser faire sans se plaindre…

Blindé ! (surement). Indifférent ? (peut-être pas, mais…). Insensible ? (mais un chirurgien sensible doit changer de métier, Monsieur…). Je n’en saurais pas plus.



J’ai maintenant 2 objectifs : assister à une prostatectomie avec assistance robotique et à une intervention à ventre ouvert.

Car j’ai bien observé les 2 intervenants et j’ai constaté qu’ils faisaient corps avec leurs outils à manipulation directe, donc avec retour de force (ressentant directement l’impact sur les organes). Leurs parfaite connaissance de ces entrailles sanguinolentes, leurs gestes précis s’appuyant sur des années d’expérience sont impressionnants.

Il me semble donc intéressant de comparer chaque type d’intervention.


J’ai bénéficié d’un ‘’cas facile qui n’aura pris que 45 minutes’’. Ce n’est pas toujours le cas me dit le Docteur CIROT (et je peux en parler, moi qui serait resté près de 6 heures sur la tabe... de torture).


  

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J'ai vécu ma seconde prostatectomie ... en tant que spectateur !

Prostatectomie laparoscopique sous coelioscopie effectuée

par le Docteur CIROT de la Clinique Océane à Vannes.


Par Jean FRICHET

Création: Jean Frichet - Réalisation: Jacques Stevens

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