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[Association L'homme et sa prostate]

Cancer de la prostate : dépistage par valeur de PSA



Interview du Docteur Jérôme RIGAUD du CHU de Nantes – Urologue-Chirurgien. Spécialiste du Robot Da-Vinci.





Jérôme Rigaud : «Pas de bon marqueur du cancer de la prostate»


Première méthode pour rechercher un cancer de la prostate: le dosage de l'antigène spécifique de la prostate, ou PSA.

Après avoir étudié pendant sept ans 3000 hommes, des médecins américains ont décelé un cancer chez 15 % de ceux dont le PSA était inférieur à la limite communément admise de 4 nanogrammes par millilitre de sang. (1/).



Sur quoi est fondé le seuil de PSA à partir duquel on effectue une biopsie, c'est-à-dire un prélèvement et un examen microscopique des tissus?


Jérôme Rigaud :

C'est une valeur établie dans les années quatre-vingt qui ne repose pas sur des données scientifiques solides.

Le débat sur la pertinence du seuil revient périodiquement.

Tous les médecins ne sont pas d'accord et choisissent parfois des valeurs inférieures: ils découvrent alors plus de cancers et en traitent plus.

Le problème est que le PSA est un marqueur de la prostate mais n'est pas spécifique du cancer de la prostate. Sa valeur peut augmenter avec une pathologie bénigne de la prostate.



S'attendait-on à diagnostiquer autant de cancers?


Oui, car le cancer de la prostate est le plus fréquent chez l'homme de plus de 50 ans. Au cours des autopsies pratiquées sur les hommes âgés de 60 à 90 ans, on le décèle chez près de la moitié des sujets.



Ne faut-il pas généraliser les biopsies?


En temps normal, les personnes qui ont participé à l'étude n'auraient pas eu de biopsie, et le cancer n'aurait pas été décelé.

Mais dans 85 % des cas les biopsies ont été inutiles.

Or, une biopsie n'est pas un geste anodin: elle peut causer des infections sévères et, exceptionnellement, évoluer vers un décès.

La question est déjà de savoir s'il faut traiter des cancers à un stade très précoce.

Dans cette étude, la majorité de ceux décelés est peu agressive et a toutes les chances de ne pas évoluer, ou d'évoluer lentement.

À mon sens, il vaut mieux attendre que de «sur traiter » des personnes avec un cancer «latent » qui ne fera peut-être jamais parler de lui. (2/)



Dépister le cancer de la prostate permet-il de réduire la mortalité?


Rien ne le prouve formellement.

Il y a deux grandes études en cours, en Amérique du Nord et en Europe, mais les résultats définitifs ne sont pas encore connus.

Si l'on diminue la mortalité, c'est au prix d'effets secondaires non négligeables. Aussi n'y a-t-il pas d'avis unanime, et le dépistage reste un sujet de controverse dont les recommandations varient d'un pays à l'autre.

En 1998, l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé ne recommandait pas un dépistage de masse à l'échelle nationale.



Pourtant, l'Association française d'urologie n'a-t-elle pas pris fermement position en faveur du dépistage annuel dès 50 ans?


Oui, en argumentant que seul le dépistage permet de diagnostiquer un cancer à un stade curable et de réduire la mortalité. Mais c'est un avis collégial qui, dans l'attente de prochains résultats, n'a pas de fondement scientifique.



Revue LA RECHERCHE

Propos recueille par Mathieu Nowak




1/ Nous devons ajouter qu’il y a aussi des hommes présentant un taux de PSA supérieur à cette valeur de 4 ng/ml chez qui les biopsies sont négatives.



2/ Voir par ailleurs notre article sur le cancer indolent :

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